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Et si le 1er avril était la seule journée où les émotions en entreprise étaient autorisées ?

Par Robert ZUILI – Psychologue Clinicien, spécialiste des émotions - 1er avril 2025

Le 1er avril, chacun - peut-être - s’autorise à faire une blague, à piéger un collègue, à rire plus librement.

C’est la journée du poisson, du décalage et de la surprise. Une journée presque inoffensive, enfantine.
Mais en réalité, cette tradition nous dit beaucoup de choses sur notre rapport collectif aux émotions, à la liberté et à la sécurité psychologique en entreprise.

Pourquoi ?

Parce que faire une blague, c’est d’abord exprimer une émotion.
C’est oser créer une réaction chez l’autre : le rire, la surprise, la complicité... ou parfois la gêne, voire la honte.

Ce geste léger en apparence suppose une chose très précieuse : la sensation d’être autorisé à le faire.
Car dans de nombreuses organisations, exprimer ses émotions reste un terrain miné.
On redoute d’être jugé, mal compris, perçu comme trop sensible, incontrôlable ou trop peu professionnel.

Alors on garde pour soi. On filtre. On tait.

Jusqu’à ce que la tension, l’agacement, la peur ou la tristesse surviennent au risque de devenir ingérables.

Le 1er avril est une exception culturelle.

C’est une journée où les codes s’inversent. Une journée où la hiérarchie peut rire d’elle-même. Une journée où le junior peut taquiner le senior. Bref, une journée où les relations se détendent, où la peur du jugement recule. C’est un moment rare de liberté affective.

Mais pourquoi n’aurait-on pas ce climat le reste de l’année ?

Parce qu’il ne suffit pas de se sentir libre. Il faut aussi se sentir en sécurité. Et cette sécurité affective ou psychologique dépend très directement du climat relationnel instauré par les managers ou gestionnaires, les RH, les dirigeants.

Une organisation où l’on se sent écouté, compris et respecté sera une organisation où l’on osera exprimer ses émotions, y compris par le rire.

Blaguer, c’est un indicateur. Un thermomètre culturel. Quand on se permet de rire ensemble, c’est qu’il existe un socle de confiance.

« Une entreprise où l’on ne rirait jamais, serait rarement un lieu serein ».

Le 1er avril est donc une invitation. Une métaphore. Et peut-être une alerte. Et si les émotions étaient accueillies et reconnues tout au long de l’année, pas seulement le temps d’un poisson collé dans le dos ?

L’humour est une clé. Mais il est aussi une porte d’entrée vers quelque chose de plus vaste : la reconnaissance de l’humain au travail.

Et vous, vous autorisez-vous aujourd’hui ou de temps en temps à faire des blagues, à plaisanter, à rire, y compris au travail ?

“Blaguer, c’est oser. Et oser, c’est déjà partager une émotion.”