La santé mentale n’est pas un problème individuel. C’est un problème relationnel.
On nous explique que la santé mentale est une affaire individuelle. C’est faux. Dans la majorité des cas, elle naît… et se répare… dans la relation. À l’origine, un enfant blessé par un parent. Puis un salarié détruit par un chef toxique. Et on leur dit ensuite : « débrouille-toi pour aller mieux ». On soigne les individus. Mais on oublie presque toujours la vraie origine de la souffrance : les relations dysfonctionnelles.

On nous explique que la santé mentale est une affaire individuelle. C’est faux. Dans la majorité des cas, elle naît… et se répare… dans la relation.
La santé mentale, c’est se préserver de la folie, de toute forme de folie. La folie, c’est l’expression de la souffrance.
Or, si nous étions seuls au monde, il n’y aurait personne pour nous cataloguer de fou ou dire que notre santé mentale est déséquilibrée.
Ce qui signifie que la santé mentale est avant tout un enjeu social. Et qui dit social, dit relation.
Dans les faits, depuis notre enfance, ce sont des relations toxiques, manipulatoires, violentes, d’emprise, d’intimidation, systématiquement inadaptées, qui ont créé cette souffrance psychologique qui altère notre santé mentale.
Quand on étudie la psychopathologie à l’université, on nous enseigne l’importance de l’anamnèse pour comprendre les symptômes. L’anamnèse désigne la reconstruction systématique de l’histoire d’une personne afin de comprendre l’origine et l’évolution de ses troubles psychiques. Le terme vient du grec anamnesis, qui signifie « se souvenir » ou « faire revenir à la mémoire ».
La mémoire retrouve ou enfouit plus facilement les souvenirs empreints d’émotions intenses. Ce qui est insupportable est refoulé, voire dénié ou même forclos (l’abus d’un proche, la violence d’un parent, un événement traumatique, etc.).
Mais à chaque intrusion de la violence, quelle que soit sa forme, un parent agresseur ou passif, un inconnu violeur, un accident impliquant un tiers, le point commun reste le rôle que joue l’autre, dans ce qu’il fait ou ne fait pas.
Sartre disait : « L’enfer, c’est les autres. » On pourrait ajouter : la santé mentale aussi.
Or, ce que l’on nous apprend, c’est que la santé mentale serait avant tout une histoire individuelle et personnelle, comme si la seule responsabilité de celui ou celle qui souffre était de se prendre en main, en toute autonomie et conscience.
Quelle grosse illusion !
La santé mentale est avant tout une affaire collective, une affaire qui, inévitablement, nous relie aux autres.
À l’origine d’une grande partie de nos souffrances mentales, il y a un autre…
Et pourtant, on demande implicitement à celles et ceux qui souffrent de régler le problème seuls.
Un individu essaye alors d’améliorer sa santé mentale avec l’aide de professionnels (psychologues, thérapeutes, coachs…) et, si nécessaire, par des traitements médicaux (antidépresseurs, anxiolytiques, stabilisateurs de l’humeur).
La société, elle, organise la prévention, les structures de soin et les dispositifs de soutien collectif pour accompagner ces démarches, mais dans une approche essentiellement individuelle, parce que le traumatisme est personnel.
Depuis toujours, la société jette un voile sur la responsabilité collective, comme s’il s’agissait d’une fatalité insurmontable.
Ce sont pourtant bien des relations dysfonctionnelles qui, dès le début de nos histoires personnelles, créent des traumatismes. Ceux-ci vont ensuite se transformer en scénarios de vie où l’échec, le rejet, l’abandon, l’humiliation ou la trahison se répètent inlassablement.
Parce qu’en répétant ces douleurs, on a l’impression de les maîtriser...
Pour restaurer notre santé mentale, il faut restaurer nos relations.
Depuis plus de 20 ans que j’appréhende la souffrance à travers le rôle clé de nos expériences émotionnelles, j’explique que tout se joue dans la relation.
Entendez-le bien, même si l’on vous a appris précisément l’inverse : vous en sortir seul. Combien de personnes m’ont confié : « On m’a toujours répété que je ne devais dépendre de personne, ne rien attendre des autres, que c’était le meilleur moyen de ne pas être déçu. »
Terribles injonctions qui conditionnent notre incapacité à faire de nos relations des ressources insoupçonnées de bien-être, de réalisation de soi, de coopération et d’entraide.
Dans le cas d’une santé mentale altérée, l’autre en est souvent à l’origine.
Mais surtout, l’autre peut aussi en être la solution. Et cela, on ne nous le dit presque jamais clairement.
C’est pourquoi nous recherchons toutes et tous l’amour.
Une relation d’amour épanouie nous rend meilleurs, plus ouverts, plus tolérants, plus curieux, plus empathiques, plus heureux.
Si quelqu’un vous dit le contraire, il se trompe, à moins qu’il ne se mente à lui-même.
Si vous pensez que la solitude est le meilleur remède, c’est sans doute qu’on ne vous a jamais appris à aimer, ni à bénéficier des fruits d’une relation harmonieuse. Et heureusement, il n’est jamais trop tard
Depuis plus de 20 ans, j’aborde la souffrance au travail à travers une grille de lecture émotionnelle et relationnelle.
C’est pour cela que je parle de santé émotionnelle et de santé relationnelle, car notre santé mentale repose sur ces deux piliers.
Autrement dit, la santé mentale n’est pas un bloc homogène : elle repose sur deux infrastructures invisibles :
- la qualité de notre vie émotionnelle
- et la qualité de nos relations.
Quand l’une se dégrade, l’autre finit toujours par vaciller.
Vous pouvez être certain que si quelqu’un traverse une crise de santé mentale au travail, celle-ci est certes nourrie à l’origine par des relations dysfonctionnelles. Mais le déclencheur sera très souvent, à nouveau, une relation de travail dégradée qui appuie sur nos blessures, là où cela fait mal, parfois très mal.
Certes, il faut soigner les individus. Mais on oublie presque toujours la vraie origine de la souffrance : des relations dysfonctionnelles. Depuis le début, on soigne les individus alors que la blessure est relationnelle.
C’est là que réside la responsabilité de l’entreprise dans son rôle de protection de la santé mentale de ses collaborateurs. Non pas en étant intrusive ou en considérant que le sujet serait uniquement intime et personnel, mais en favorisant la création d’espaces relationnels fonctionnels.
Au travail, cela peut être un chef qui critique en public, un collègue jaloux qui colporte des rumeurs, un projet qui échoue avec un entourage absent pour assumer les coresponsabilités…
Or, c’est précisément sur ces dimensions que nous pouvons agir.
Créer des écosystèmes relationnels sains, fonctionnels, fondés sur l’entraide.
Aujourd’hui, constater des conflits internes, des non-dits dévastateurs, de l’indifférence collective ou des influences relationnelles dysfonctionnelles n’est plus une fatalité. Ces phénomènes peuvent se mesurer, se détecter et s’anticiper.
Ne laissons pas se dégrader la santé mentale des salariés comme si nous ne pouvions rien faire.
Faisons de nous-mêmes et des autres des ressources potentielles et mutuelles en favorisant des écosystèmes relationnels vertueux. Car l’endroit et les personnes avec lesquelles vous travaillez peuvent jouer un rôle déterminant sur votre santé, que vous le vouliez ou non.
Un dicton dit : « Prévenir, c’est guérir ».
C’est exactement la mission qui me tient à cœur : prévenir les relations dysfonctionnelles au travail pour continuer à guérir et développer le bien-être autant que l’efficience.
Car la plupart des souffrances psychiques ne naissent pas dans la tête des gens, mais bien dans leurs relations.
Cette idée vous paraît-elle juste et pensez-vous que la santé mentale soit d’abord individuelle… ou relationnelle ?
Robert Zuili
Psychologue clinicien, cofondateur de Be Well Together (BWT) et de Work Well Together | La relation est une science.
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